Livre magique – Livre à système

Appelés livres magiques par certains, livres animés par d’autres,  livres à système, livres à transformation, livres à figures mobiles, autant d’appellations qui, pour n’être pas exactement synonymes, recouvrent pourtant une même réalité, celle du livre à la conquête de la profondeur et du mouvement.

On considère généralement que le premier « livre à système » est Cosmographia de Pierre Apian paru en1524, avec ses disques mobiles montrant les mouvements célestes. Vésale présenta aux lecteurs leurs entrailles en 1538. Il s’agissait d’un ouvrage (pour adulte) constitué de planches superposées. Lorsque ces dernières étaient soulevées, elles révélaient ce qui se trouve à l’intérieur du ventre.

Un autre ouvrage fameux est la curieuse Confession coupée, publiée en 1677 et souvent rééditée jusqu’au milieu du XVIIIe siècle : les pages qui répertorient tous les péchés possibles sont découpées en languettes, il suffit de sortir les languettes de la marge pour indiquer au confesseur les fautes commises. Livre mathématique Reliefs des Polyèdres est un livre de géométrie. La première édition anglaise date de 1756, la première édition française a été réalisée en 1835.

Les premiers livres animés commercialisés datent de la  moitié du XIXe. Ce sont les éditeurs londoniens Deans & Son et Darton & Co, Robert qui  eurent l’idée de créer un livre pouvant raconter des histoires en combinant dans leur livre d’images,   des dessins en relief, animés et à transformations multiples. Raphaël Tuque (1821-1990) est le premier Allemand à concurrencer Dean. C’est en 1870 qu’il s’installe à Londres où il crée un studio de dessin tout en confiant les impressions de ses livres en Allemagne. Le second Allemand grand créateur de livres mobiles fut Ernest Nister. Lothar Meggendorfer (1847-1925) inventa un système mécanique d’engrenage de papier permettant, par une simple languette, d’animer sur une illustration toute une série de personnages. En France,  les éditeurs Hachette et Capendu adaptent des livres à tirettes, livres à coulisses, sans innover. Dans l’entre-deux-guerres, les créateurs du livre d’enfant d’avant-garde (NRF, Tolmer, Le Père Castor) abordent le livre à système, mais sans s’y engager vraiment.  De 1940-45 la France arrêta pratiquement toute la production de livres animés et en relief, qui ne parvint à redémarrer dans les années 50 qu’avec difficulté. Vojtech Kubasta, artiste tchèque a produit au moins une centaine de livres. En 1965, un américain, Walter Hunt, relance la production des livres animés et en relief.

Autant d’invention et d’imagination crée par les artistes et les éditeurs pour donner vie, dynamisme à ces ouvrages. Le livre magique, livre d’images à mécanismes était destiné, à l’origine, aux enfants, mais désormais certains auteurs réalisent de véritables œuvres d’art qui n’ont plus rien à voir avec la littérature enfantine. Ces livres ont pour particularité de donner une allure vivante, réelle en trois dimensions aux illustrations par des techniques de pliage, découpage, collage… Il existe des cours d’ingénieur papier aux États-Unis et en Angleterre. Nombre d’artistes contemporains s’adonnent à ces expérimentations pour des réalisations à petit tirage et dans un esprit de livre d’artiste.

Le livre se réinvente sous l’influence de poètes et d’artistes soutenus par des éditeurs audacieux Stéphane Mallarmé, Pierre Reverdy, Blaise Cendrars, Pierre André Benoît. Artistes ou poètes trouvent leur inspiration dans les livres pour enfants : Raymond Queneau, Georges Perec, Andy Warhol. Les artistes contemporains s’approprient le support livre comme objet de sculpture, d’architecture de papier au point qu’il perd son sens originel et devient objet d’expérimentation sculptural.

Gaëlle Pelachaud    www.gaellepelachaud.fr

 

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