Entretien Artothèque IDEOGRAF

ARTOTHÈQUE IDEOGRAF

Entretien avec Gaëlle Pelachaud

Gaëlle Pelachaud Artiste a exposé dans de nombreux pays. Elle est titulaire d’un doctorat d’arts plastiques sur les livres animés (2009), sous la direction de Michel Sicard. Elle a réalisé plusieurs livres d’artiste, livres-films et participe à des conférences sur cette thématique.

Interview, Novembre 2011

http://www.artotheque-ideograf.com/interviews.html

Avez-vous suivi une formation artistique spécifique au livre d’artiste ?

J’ai un diplôme de graveur aux Arts Décoratifs de Paris obtenu en 1986. Pour le diplôme nous devions réaliser un livre d’artiste tiré à 10 exemplaires. M. Frélaut (un des responsables du grand Atelier Lacourière & Frélaut qui a réalisé les livres de Picasso, Matisse, Chagall… La grande époque du livre de bibliophilie) : disait « Quand on arrive à réaliser un livre à 10 exemplaires, ce livre sera reproductible à des milliers d’exemplaires ».

C’était donc un livre de fin d’étude. Je revenais de New York en qualité de première étudiante d’échange entre la Cooper Union école d’art à New York et mon école les Arts Décoratifs de Paris. J’y suis restée un an entre 1984 et 1985, au moment le plus fou, 2000 galeries se sont ouvertes cette année-là. Jean-Michel Basquiat et bien d’autres étaient présents dans le monde artistique. Le dollar était à son niveau le plus haut, j’ai donc déménagé 9 fois. Le livre reprend mes déboires et déambulations dans la ville. Je l’ai réalisé en mêlant photocopies, gravures et collages. En cette période, il y avait peu de photocopieurs pour le papier épais.  Le livre est un grand Leporello, la couverture est une sérigraphie.

Le choix du livre d’artiste est né d’un besoin de créer une symbiose entre l’image et le texte. Que l’image ne soit plus simplement l’illustration du livre mais que texte et image participent conjointement d’un nouveau dynamisme.

Pour le premier livre que j’ai réalisé d’après de courts extraits de Raymond Queneau « Pierrot mon ami », le texte se lit sur la première feuille découpée laissant juste apparaître une partie de l’image. C’est en tournant la page du texte que l’on découvre l’image dans son ensemble.

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Crédit photographique : Gaëlle Pelachaud, Atelier
Quel lien entre le livre d’artiste et le Pop-up ?

Le livre Pop-up est une envie de faire bouger la page. De lui donner une nouvelle vie, de la faire sortir de la deuxième dimension, lui apporter du volume et la troisième dimension.

J’ai écrit une thèse sur le livre animé et le livre à l’écran, soutenue à la Sorbonne en mars 2009. Elle est publiée aux éditions de l’Harmattan « Livres animés Du papier numérique » 2011.

Actuellement, je suis commissaire d’exposition pour le Musée de l’Imprimerie de Lyon. Cette exposition « Quand les livres s’amusent Magie et surprise des livres animés d’hier et d’aujourd’hui » se tiendra du 24 mars au 30 juin 2012.

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Crédit photographique : Gaëlle Pelachaud, Atelier
Comment naît l’idée d’un livre ?

L’idée d’un livre naît du besoin de donner vie aux images et aux textes, que texte et image jaillissent de l’architecture de papier.  Pour mes derniers livres, j’ai écrit moi-même le texte ou bien il s’agit d’un conte.

Pour « Le diable en culotte courte », conte martiniquais, j’ai réalisé toutes les photos quand j’étais à la Martinique pour donner des cours sur le livre animé à l’école d’art visuel de Fort de France.  De retour à mon atelier, j’ai travaillé les images et lors d’une rencontre avec une personne responsable de l’exposition, je lui ai parlé de mon projet de livre que j’étais à la recherche d’un conte martiniquais ; deux jours plus tard je recevais le conte qui appartenait à sa mère.  A la lecture du texte, j’ai donc fait le choix de créer 4 chapitres.  Il s’agit d’un livre carrousel avec des images en profondeur.  Le texte se découvre à la fin.

Pour chaque livre je fais des recherches sur l’architecture de papier, il s’agit de concevoir le livre comme une sculpture, lui donner une nouvelle forme, structure, format.  Le papier devient relief, monument.

Le livre n’est plus cet objet plat, que l’on feuillette de page en page.  Les feuilles sortent du livre, surgissent, s’envolent.  Le livre découvre la troisième dimension avec les pages animées offrant des transversales et du volume.  La page peut se transformer.  Ces nouvelles matières stimulent le relief et le mouvement du texte.

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Crédit photographique : Gaëlle Pelachaud, Atelier
Avez-vous d’autres pratiques artistiques, si oui est-ce en lien avec le livre d’artiste ou une autre démarche ?

Je travaille mes livres avec le numérique en les animant. Je veux que mes livres s’envolent quittent les étagères des bibliothèques et voyagent sur l’écran. J’ai le rêve de mélanger le livre et le film depuis de nombreuses années.

D’autres pratiques comme la peinture, la gravure, la réalisation de films me permettent de développer des notions tournant autour de la mise en relief, du volume des pages du livre… C’est un travail sur l’image et sa mise en perspective dans l’espace : l’espace-temps et le lieu, l’espace virtuel avec internet.  L’image n’est plus une simple illustration, mais fait partie intégrante de l’architecture.  Elle n’existe plus uniquement enfermée dans un livre ou accrochée sur un mur, mais elle peut voyager sur les écrans.

Pour la réalisation de mes livres, je trouve souvent mon inspiration dans le livre théâtre de papier, les livres carrousel, les livres tunnel.  Je suis attirée par cette mise en abîme de l’image, la profondeur, la décomposition de l’image et l’apparition du mouvement.

Pour mon livre, « Amsterdam Théâtre miniature », je suis partie à Amsterdam voir le théâtre miniature du Baron Hierominus van Slingelandt réalisé en 1781.  Il est équipé d’un mécanisme, en vertu duquel il est possible de changer le décor en une seule main.

Mon livre reprend ce principe de décor.

« Vienne Théâtre d’illusion », ce livre théâtre propose une visite à travers la ville.  La structure de ce livre film se déploie comme un panorama en relief.  Le panorama est la manière d’exposer un grand tableau de sorte que l’oeil du spectateur embrassant tout l’horizon éprouve l’illusion de se retrouver au centre du paysage.  Pour les deux livres, j’ai écrit les textes pour « Amsterdam Théâtre miniature », le texte raconte l’histoire du théâtre miniature du Baron Hierominus van Slingelandt.  Pour « Vienne Théâtre d’illusion », le texte raconte l’histoire des panoramas.

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Crédit photographique : Gaëlle Pelachaud, Atelier
Que souhaiteriez-vous développer comme projet dans l’avenir ?

Je souhaiterais faire des projections sur les murs de mes livres mis en mouvement. Que les murs deviennent support de livre. Que les livres deviennent décors de théâtre, que le public puisse passer à travers les pages.

Je souhaite relier les arts entre eux.  Je cherche à insuffler une union harmonieuse entre tous les arts.  Il s’agit d’arracher les pages du livre à l’immobilité, faire en sorte que les pages s’envolent à travers les images projetées sur plusieurs écrans, donner de l’énergie aux feuilles.

Je souhaite que la typographie danse sur les écrans, que les lettres se mettent en mouvement, que le texte devienne image, qu’il se déroule comme un paysage limpide.

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Crédit photographique : Gaëlle Pelachaud, « Amsterdam Théâtre miniature »

Contact
gaelle.pelachaud@gmail.com
www.gaellepelachaud.fr

 

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